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Dédié « aux Inconsolés », ce  roman de l’auteure indienne Arundhati Roy  porte en exergue une citation du poète Nâzim Hikmet : “ Je veux dire, tout dépend de ton coeur…”  : c’est bien le choix , ou le non choix, du coeur qui vont porter, et parfois terrasser, chacun des  personnages principaux aux côtés desquels le lecteur va traverser une soixante d’années de la bouleversante épopée indienne.

“ Vivre en Inde réclame beaucoup d’énergie” rappelle l’auteure dans un entretien* de présentation de son roman-fleuve.  Arundhati Roy a doté ses nombreux personnages de cette puissance intérieure  qui permet à chacun (e) d’affronter les chaos personnels et socio-politiques de leurs existences mouvementées.

Quelques figures centrales de ce foisonnant roman structurent les parcours de tous les personnages qui y évoluent. Des femmes et leurs filles adoptées :

- Anjum, tout d’abord, aphrodite qui a choisi d’être femme. Elle confirme ainsi sa condition d’hijra, être transgenre qui inspire autant la crainte que le respect. Anjum devient  la matriarche  d’une tribu qui va se construire autour du lieu insolite qu’elle installe dans un cimetière à l’abandon : la Janat Guest  house.

- Tilottama, dite Tilo,  intrinsèquement rebelle, aimée et  amoureuse, entière, même secrète,  dans ses engagements, notamment politiques. Elle deviendra la mère «adoptive»  de Miss Jebeen II, bébé qui rejoint avec elle le refuge d’Anjum.

Des hommes aussi,  aux parcours autant complexes que ceux des figures féminines qu’ils côtoient : Saddam Hussain, au pseudonyme qui interroge ;  Musa, le révolutionnaire amoureux ; Naga, qui se perd en se cherchant et peut-être se retrouve ; Garson Hobart et celui qui a adopté ce pseudo ; mais aussi Amrik Singh, tortionnaire qu’ils seront plusieurs à croiser …

Des lieux aussi, de refuge, de rassemblement, de retrouvailles, de transit, sont comme des personnages du récit, marquant les parcours des humains.

Outre le cimetière, maison d’hôtes choisis évoquée plus haut, Jantar Mantar, quartier de Delhi où se rassemblent ceux qui protestent, est un de ces repères.  Arundhati Roy nous précise que cette tribune solidaire a été  fermée depuis quelques mois. *

En effet, œuvre de fiction, ce roman est  un récit ancré dans l’histoire d’un pays qui se déchire et saigne et de ses habitants. Depuis son premier roman d’il y a vingt ans**, l’auteure a publié plusieurs essais, regards sur le monde et la société : chez le même éditeur : Le coût de la vie, 1999 ;  L’écrivain militant, 2003 ; La démocratie : notes de campagne, 2011…

 

Gallimard, 2018

 

* in L’Obs n° 2775, 11-17 janvier 2018

 

**  Le Dieu des petits riens - Gallimard, 1998